dimanche 18 décembre 2011

Un Génie sur un denier de Septime Sévère (Rome, 204)

Ce denier à la titulature précise (douzième puissance tribunicienne) est donc daté de 204 et son type est caractéristique des deniers datés de cette année-là.
L'année 204 est l'année des Jeux Séculaires et j'invite les lecteurs à lire ma contribution à la revue "Les Monnaies de l'Antiquité" à ce sujet. L'auteur du RIC et du BMC/RE, H. Mattingly, voit dans l'utilisation de ce type une référence générale aux cérémonies religieuses qui ont rythmé les célébrations de de ce moment unique de la vie romaine, car ils avaient lieu en moyenne tous les 110 ans. Ces Jeux sont l'occasion pour la famille impériale de montrer sa Pietas en participant aux différents sacrifices, sanglants ou non, qui ont lieu pendant trois nuits et trois jours.  


n° S105

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XII COS III P P - Genius debout de face, tête à gauche, sacrifiant avec une patère de la main droite au-dessus d'un autel paré et allumé et tenant des épis de la main gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (204)

Références: RSC 464 (25£) - RIC 195 (C) - BMC 467 - Hill 682 (S) - BnF 6452; ex. duplicibus Delécluse 6452a; Maspéro 1967/616

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.2g, 11h - Ex. Chris' Numismatique.

Note: Un denier conservé au British Museum et avec la légende SEVERVS AVG PART MAX active jusqu'en 201 est manifestement un faux d'époque, car avers et revers ne peuvent être contemporains. On parle alors d'hybride.

Commentaire:
Il existe de nombreuses divinités tutélaires dans la religion romaine. Ainsi les Lares et les Pénates disposent de temples ainsi que d'autels dans les toutes maisons. Ils sont respectivement les protecteurs des lieux publics ou particuliers et les dieux de la famille (ancêtres).


Statuette de Lare en bronze (Musée de la Civilisation gallo-romaine, Lyon)

Quant aux Génies, ils sont attachés aux lieux, mais aussi aux personnes à qui ils assurent la protection. Les sacrifices au Génie, à l'image de celui exécuté par le Génie au revers de notre monnaie, n'est pas sanglant mais consiste en une libation avec par exemple du vin. On sacrifiait généralement à son Génie le jour anniversaire de sa naissance. Mais les Génies sont aussi invoqués dans de nombreuses célébrations religieuses souvent après Janus, le dieu des commencements. On invoque alors le Génie du lieu ou celui de la divinité destinataire du sacrifice. L'empereur et le peuple romain avaient aussi leurs Génies et un culte leur étaient rendus.
La représentation du revers de ce denier est celle d'un Génie particulier, Bonus Eventus, lié aux événenements heureux et est représenté nu avec des épis de blé dans la main. Ces événement sont très certainement les Jeux Séculaires de 204.

samedi 3 décembre 2011

L'Annone sur un denier de Septime Sévère (Rome, 206)

Ce denier est daté à l'année près grâce à la puissance tribunicienne présente au revers de la monnaie. En 206, Septime Sévère renouvelle sa quatorzième puissance tribunicienne, la première correspondant à sa première année de règne en 193.
Sur les deniers de Septime Sévère frappés à l'atelier de Rome, l'Annone intervient à cinq reprises. La première fois en 198, puis en 200, à chaque fois avec la légende ANNONAE AVGG. Ensuite, de 205 à 207, elle revient chaque année avec cette fois-ci une légende datée (suite de la titulature de l'avers) et non plus explicite. Si on tient compte des autres métaux, la personnification apparaît dès 194 et se retrouve d'autres années encore, mais sans présence de deniers lors de ces émissions. L'étymologie d'annone a un lien avec annus l'année. En effet, il s'agissait à l'origine de la récolte annuelle et donc des provisions disponibles pour une année. L'Annone tient ici une corne d'abondance et des épis de céréales au-dessus d'un modius qui est une mesure pour le grain.


n° S109

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XIIII - COS III P PL'Annone debout à gauche, tenant des épis de la main droite et une corne d'abondance de la gauche ; à ses pieds le modius rempli d'épis.

Atelier (année de frappe): Rome (206)

Références: RSC 476 (25£) - RIC 200 (C) - BMC 489-92 - Hill 766 (C2) - BnF 6459-60

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.17g, 12h. - Ex. Hugon Numismatique.

Note: Cette monnaie provient d'un trésor tunisien trouvé par une compagnie de chemin de fer dans les années 1930.

Commentaire:

L'Annone est utilisée sur les monnaies impériales romaines depuis Néron et la représentation utilisée sur notre denier est certainement la plus populaire. Septime Sévère, par exemple, l'emploie sur les trois émissions datées où elle apparaît. Elle a également été très utilisée sous les Antonins. Si l'Annone figure si souvent sur les monnaies de Septime Sévère, c'est qu'il accorde, contrairement à certains de ses prédécesseurs, beaucoup d'importance au ravitaillement de l'Urbs et aux stocks de céréales vitaux pour une ville si dépendante des provinces céréalières, en particulier de l'Afrique. Il veillait donc à conserver des réserves élevées, ce qui n'était pas toujours le cas par le passé. A  deux reprises, l'Histoire Auguste mentionne cet excédent en céréales en particulier au moment de la mort de l'empereur. Voici un des extraits: Rei frumentariae, quam minimam reppererat, ita consuluit, ut excedens vita septem annorum canonem p. R. relinqueret, ce qui signifie: "il s'occupa si efficacement de l'approvisionnement en blé - qu'il aurait trouvé très déficient - qu'à sa mort il laissait dans les greniers du peuple romain un contingent correspondant à l'apport fiscal de sept années" (trad. A. Chastagnol).
Ce blé était stocké dans les entrepôts d'Etat, les horrea, situés à Rome au niveau de l'Emporium, le port fluvial entre les collines de l'Aventin et du Testaceus, au sud-ouest de la ville.


Le port de Rome (Emporium) au bord du Tibre avec les horrea galbana et le portique émilien s ur la maquette de Gismondi au musée de la Civilisation romaine (Rome)

dimanche 27 novembre 2011

Jupiter sur un antoninien de Caracalla et l'introduction d'une nouvelle dénomination (Rome, 215).

On a vu que Jupiter était apparu dans le monnayage de Caracalla l'année précédente. En 215, dans la première émission d'antoniniens le plus grand des dieux romains continue d'apparaître et ne cessera plus d'être présent jusqu'à la mort de l'empereur en 217. Si on compare la représentation de Jupiter sur cet antoninien avec la pose des deniers de 214, on voit qu'elle est ici plus travaillée, un peu à l'image des sculptures grecques classiques où une des jambes est repliée. Sur le denier, Jupiter est vu de face alors que sur l'antoninien, seul le torse est de face, ce qui lui donne plus de majesté. On remarquera sur cet exemplaire le traitement du foudre ainsi que des cheveux du dieu. Avec Sol et Sérapis, ce type au Jupiter debout est un des plus courants. Il en est de même pour ce buste qui est caractéristique des premiers antoniniens. Les autres variantes sont moins communes pour ce type.


n° C94

Dénomination: Antoninien

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Buste radié à droite, drapé et cuirassé vu de l'avant.

Revers: P M TR P XVIII - COS IIII P P - Jupiter, nu un manteau sur l'épaule gauche, debout à moitié à droite, tenant un sceptre de la main gauche et un foudre de la droite.

Atelier (année de frappe): Rome (215)

Références: RSC 279 (65£) - RIC 258a (S) - BMC 110 - Hill 1465 (R) - BnF 6816

Caractéristiques: Argent, 23mm, 5.43g, 12h. - Ex. Hugon Numismatique.

Note: Cette monnaie provient d'un trésor tunisien trouvé par une compagnie de chemin de fer dans les années 1930.
Il existe une variante où Jupiter à la tête à gauche.

Commentaire:

L'introduction de cette nouvelle dénomination qu'est l'antoninien est très certainement en lien avec la campagne que l'empereur décide de mener en Orient. En effet, les guerres coûtent cher, il faut payer plus de légionnaires (Septime Sévère avait augmenté le nombre de légion avec la création des trois légions parthiques et avait augmenté les soldes) et le stock d'argent diminue. Cependant les manipulations monétaires des empereurs entraîne un processus vicieux: la mauvaise monnaie chasse la bonne. Les particuliers conserve donc leurs anciennes espèces de meilleure qualité et se constitue des trésors et seules les nouvelles monnaies circulent. Lorsqu'elle revienne à l'Etat et sont reffrappées la quantité de métal précieux diminue, d'autant que les quantités frappées ne cesse d'augmenter afin de régler les dépenses publiques, essentiellement militaires.
On ne connait pas le nom de la nouvelle monnaie, mais une mention existe dans l'Histoire Auguste : «[…] argenteos Antoninianos mille[...]». De plus, toujours dans cette ouvrage dans l'histoire de Sévère Alexandre, il est dit: «Monetae nomen Antonini reddatur», car en effet l'antoninien n'existait plus sous ce règne. Cette affirmation fait donc très certainement référence au double denier.

samedi 19 novembre 2011

Un projet de mariage sournois - Vénus sur un denier de Caracalla (Rome, 216)

Deux antoniniens du même type ont déjà été présentés, mais ici c'est un denier issu de la même émission. Selon la théorie des cycles, au sein d'une même émission les différents métaux (et donc dénominations) étaient monnayés les uns après les autres, un type monétaire étant attaché à une des six officines (c'est le nombre pour la période qui nous intéresse) de l'atelier de Rome. Selon Hill, durant la 9ème émission, ce type avec Vénus est d'abord émis en or avec le double aureus, puis l'aureus, ensuite vient l'argent avec l'antoninien, puis notre denier, enfin les aes avec le sesterce, puis le dupondius et finalement l'as. Il n'y a plus ni semis, ni quadrans à cette période. Ce type précis n'existe que pour Caracalla.


n° C98

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINIVS PIVS AVG GERM - Tête laurée à droite.

Revers: VENVS VICTRIX - Vénus debout à moitié à gauche, tenant une Victoriola de la main droite et un sceptre transversal de la gauche, son bras gauche reposant sur un bouclier posé sur un casque.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: RSC 606 (25£) - RIC 311b (C) - BMC 82-5 - Hill 1534 (C) - BnF X.L. 1984/389

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.91g, 6h. - Ex. Hugon Numismatique.

Note: Cette monnaie provient d'un trésor tunisien trouvé par une compagnie de chemin de fer dans les années 1930.

Commentaire:

Après la campagne germanique du début de son règne seul et son séjour à Alexandrie en 215, Caracalla entreprend une guerre contre les Parthes. Le type de Vénus, victorieuse ici, est extrêmement rare pour un empereur et est généralement réservé aux impératrices. De rares exemples existent cependant pour des hommes (Auguste, Titus, Hadrien ou Gordien III). On remarque que dans notre cas la déesse de l'Amour revêt des attributs guerriers. Caracalla envisageait tout d'abord unir son Empire à celui des Parthes par l'intermédiaire d'une union avec la fille du Roi des rois. Mais cette offensive diplomatique va rapidement se transformer en conflit armé. Certains textes antiques évoquent ce mariage dans leurs écrits et décrivent une noce où l'empereur romain, modèle de perfidie, massacre les invités parthes.
Ainsi, Dion Cassius (LXXVIII, 1): "Menant après cela, son armée contre les Parthes, sous prétexte qu'Artabanos ne voulait pas lui donner sa fille, dont il avait demandé la main (Artabanos, en effet, savait bien que l'intention de l'empereur était, en apparence, d'épouser sa fille, mais, en réalité, de s'emparer du royaume des Parthes), Antonin dévasta une grande partie de la contrée qui entoure la Médie..." 
C'est Hérodien dans son livre IV de son Histoire romaine (chapitres XVIII, XIX et XX) qui est le plus prolixe à ce sujet: "Peu de temps après, il imagina de se faire donner le surnom de Parthique : il désirait vivement pouvoir écrire à Rome qu'il avait dompté les Barbares de l'Orient. Il était en pleine paix avec les Parthes; il eut recours à son arme ordinaire, la perfidie. Il écrivit à Artaban, leur roi, et lui adressa une députation chargée de présents aussi précieux pour la richesse de la matière, que pour la perfection du travail. Il lui demandait dans sa lettre la main de sa fille : « Empereur, fils d'empereur, il devait à sa gloire de ne point devenir le gendre de quelque obscur citoyen, mais de s'unir à la fille d'un roi puissant. Grâce à cette alliance, il n'y aurait plus d'Euphrate; les deux plus grands empires du monde, l'empire romain et celui des Parthes, réunis par un lien commun, formeraient une puissance invincible, et les autres nations barbares, encore indépendantes, se soumettraient facilement, si on leur laissait leurs mœurs et leurs lois. Les Romains avaient une infanterie habituée à combattre de près, et sans égale pour le maniement de la lance ; les Parthes, une cavalerie nombreuse, composée d'excellents archers. Forts de tous ces avantages, et possédant ainsi tous les éléments de la victoire, ils subjugueraient sans peine sous un seul sceptre l'univers entier. » Il ajoutait que les productions des Parthes, leurs parfums, leurs précieuses étoffes, les métaux des Romains, et tous les chefs-d'œuvre de leur industrie, ne seraient plus des raretés d'un trafic clandestin, mais que ces richesses, répandues sur une même terre, dans un même empire, viendraient en liberté s'offrir aux besoins des deux nations. Artaban rejeta d'abord ces propositions : « Une femme étrangère, disait-il, ne pouvait convenir à un Romain. Quelle harmonie règnerait entre deux époux différents de langage, de mœurs, d'habitudes? Il y avait d'ailleurs à Rome vingt familles patriciennes où l'empereur pouvait se choisir un beau-père, comme Artaban un gendre parmi les Arsacides. Pourquoi alors se mésallier? » Telle fut la première réponse du Parthe : les offres de Caracalla étaient donc repoussées. Cependant ses instances, des présents, des serments d'amitié, les protestations de son vif désir d'un tel mariage, triomphèrent de la sage défiance du roi barbare. Il lui promet sa fille, il l'appelle déjà son gendre. A la nouvelle de cette alliance, les Parthes se préparent avec empressement à recevoir l'empereur, et embrassent avec joie l'espérance d'une paix éternelle. Cependant, après avoir passé le Tigre et l'Euphrate sans aucun obstacle, Antonin traverse le pays des Parthes, comme il eût traversé ses propres États. A son passage on couvrait les autels du sang des victimes et de fleurs ; on lui offrait de toutes parts les parfums les plus précieux. Il recevait tous ces hommages avec une feinte reconnaissance. Lorsqu’après un long trajet, il approcha enfin de la capitale, le roi vint à sa rencontre dans une plaine hors de la ville, pour recevoir l'époux futur de sa fille. Il était accompagné d'une multitude de Parthes qui, couronnés de fleurs du pays, revêtus d'habits brillants d'or et de l'éclat de mille couleurs, se livraient à la joie la plus vive, et dansaient au son de la flûte et des cymbales. Les Parthes aiment avec passion la danse et la musique, quand le vin a échauffé leur esprit. Lorsque les Barbares eurent inondé la plaine, ils abandonnèrent leurs chevaux, déposèrent leurs arcs et leurs javelots, firent des libations, et se livrèrent aux plaisirs de l'ivresse. Réunis par groupes dans l'imprudente sécurité d'un joyeux désordre, ils se pressent pour voir le nouvel époux : aussitôt Antonin donne le signal et toute son armée se précipite sur cette foule d'hommes désarmés. Épouvantés de cette attaque imprévue, ils reçoivent, en fuyant, les coups du fer ennemi; le roi lui-même, enlevé par ses gardes et jeté sur un cheval, s'échappe à peine avec une faible escorte. Les Parthes privés de leurs chevaux, sans lesquels ils ne peuvent combattre et qui paissaient dans la plaine, tombaient par milliers; la longueur de leur robe flottante les embarrassait dans leur fuite et entravait l'agilité de leur course. Ils n'avaient avec eux ni leurs flèches ni leurs arcs. Devaient-ils garder ces armes pour une fête ? Après avoir fait un affreux massacre, Antonin s'éloigna, emportant, sans trouver de résistance, un riche butin et un grand nombre de prisonniers; il permit à ses soldats d'incendier sur leur passage les bourgs et les villes, les laissant maîtres de tout enlever et de tout piller."
Ces évènements sont le début de conflits armés récurrents entre Romains et Parthes (puis Perses) et mettent fin à une paix qui durait depuis la campagne orientale de Septime Sévère en 198. Ils se solderont par plusieurs défaites romaines, l'empereur Valérien étant même fait prisonnier en 259 et mourra en captivité en Perse.

samedi 22 octobre 2011

Une mauvaise decription d'un denier de Julia Domna avec Vénus et Cupidon (Rome, 210)

Généralement les deniers, étant donné leur faible diamètre (autour de 19mm), ne présentent pas de scène complexe: un ou deux personnages tout au plus avec leurs attributs. C'est le cas sur cette pièce, mais ici la représentation est plus riche et n'a jamais été correctement décrite par les ouvrages de référence. Qu'observe-t-on sur cette monnaie ? De gauche à droite, Cupidon tenant un arc ou un bouclier, la déesse portant casque et palme, une colonne et derrière celle-ci une cuirasse posée à terre. Ce denier pourtant présent à la Bibliothèque nationale de France, avait été décrit incomplètement en 1860 par H. Cohen dans sa première édition de sa "Description historique des monnaies frappées sous l'Empire romain" (C 115). En effet, il décrit Vénus comme étant à demi nue et oublie l'objet qui se trouve entre Cupidon et la déesse de l'Amour, nous y reviendrons. Dans sa deuxième édition en 1884, Cohen oublie carrément cette fois de mentionner la présence du petit Amour sur cette même monnaie (qui porte désormais la référence C 218) et cette erreur sera reprise telle quelle dans le RIC et dans la note du BMC, cette monnaie étant absente du British Museum. Une autre monnaie décrite dans la note du catalogue britannique fait référence à deux Cupidons (Atti et Mem. dell'Ist. It., 1925), mais il s'agit certainement d'une confusion avec la cuirasse derrière la colonne.


n° J40

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna 

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: VENVS - VI-CTRIX - Vénus drapée debout de face, tête à gauche, les jambes croisées et le bras gauche appuyé sur une colonne, tenant une palme de la main gauche et un casque de la droite ; devant elle, Cupidon appuyé sur son arc (ou un bouclier?) ; derrière elle, une cuirasse.

Atelier (année de frappe): Rome (210)

Références: RSC 218a corr. (45£) - RIC 581note corr. - BMC S90note corr. - Hill 1123A corr. (R4) - BnF 6664

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.57g, 7h - ex. Helios Auktion 5 n°309

Note: On notera le traitement particulier de la draperie ainsi que du portrait si on les compare à d'autres deniers de cette impératrice.

Commentaire:

Revenons maintenant à l'objet que tient l'enfant ailé. On peut de prime abord penser à un bouclier. En effet, de nombreuses armes sont représentées sur cette scène: cuirasse derrière la colonne et casque dans la main de la déesse. Elles font très certainement référence aux armes de Mars, dieu de la Guerre et amant de Vénus. Cette dernière fait également forger des armes par son mari Vulcain pour son fils, le héros Enée durant la guerre de Troie. On sait l'importance d'Enée dans les origines de Rome et l'imaginaire des Romains. Jules Cesar se déclarera même descendant d'Enée et donc de Vénus. Le groupe sculpté ci-dessous de l'ancienne collection Borghèse montre Vénus et Cupidon portant des armes: épée, casque, une cuirasse est posée derrière eux. Il date du IIème siècle, mais a été complété au XVIème siècle comme c'était la mode à l'époque.


Vénus en armes (Musée du Louvre, Paris)

De plus, Vénus est qualifiée ici de Victrix, nous sommes donc dans un contexte guerrier. P. V. Hill place d'ailleurs cette monnaie au sein d'une émission spéciale consacrée aux victoires en Bretagne où elle est accompagnée de deniers au nom des trois Augustes avec des revers montrant les empereurs à cheval terrassant des ennemis, ainsi que de multiples Victoria dans diverses attitudes. Ainsi même l'Augusta participe, même si elle est restée à Rome, aux victoires de son époux et de ses fils. Septime Sévère est donc victorieux des tribus calédoniennes, car ses armes sont aussi puissantes que celles forgées par les dieux qui le soutiennent sur le champ de bataille. Mais revenons maintenant à l'objet dans les mains de Cupidon. Un autre denier plus courant (RSC 215), montre Vénus à demi nue cette fois, avec casque, palme et colonne, mais sans la cuirasse et sans Cupidon. Un bouclier rond est posé devant elle. Sur notre denier, l'objet de Cupidon ne ressemble pas forcément à un bouclier, même de profil. On constate que dans ce cas il est souvent strié et "plein". Ici, nous ne voyons qu'un contour. On ne peut cependant tranché définitivement, car des bouclier peuvent être représentés pr un arc de cercle fin. Il est donc possible qu'il s'agisse d'un arc, attribut généralement utilisé par Cupidon. Cet arc, le fils de Mars et Vénus, se l'était taillé lui-même dans un frêne, comme on peut le voir sur de célèbres statues antiques. Celle présentée ci-dessous est une copie romaine d'après un original de Lysippe (IVème siècle av. J.-C.) représentant l'Amour tendant son arc qui a hélas disparu.


L'Amour tendant son arc d'après Lysippe (Musée du Louvre, Paris)

dimanche 9 octobre 2011

Un Mars belliqueux sur un denier de Caracalla - Rome (208)

En 208, la campagne contre les tribus du nord de la Bretagne qui menacent cette province insulaire septentrionale de l'Empire est annoncée. Quelle meilleure publicité que le dieu de la Guerre en personne pour annoncer aux Romains le départ de leurs empereurs pour le champ de bataille? Sur ce denier Mars en arme, à l'allure de soldat romain progressant avec précaution, protégé par son casque et son bouclier, lance pointée vers l'ennemi, est parfaitement adapté pour représenter une guerre en marche.
Mars, fils de Jupiter et Junon, est un dieu particulièrement honoré par les Romains en tant que père de Romulus et Remus. Il avait un autel sur le Champ de Mars et était particulièrement honoré par les légions aux mois de mars (qui avait été le premier mois de l'année pendant très longtemps et marquait le début de la saison guerrière) et d'octobre qui clôturait cette période de combats.
On notera enfin le portrait de Caracalla typique de cette année 208, où les favoris descendent bas sur la mâchoire sans pour autant former une barbe qui n'apparaitra plus distinctement que l'année suivante.


n° C61 

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: PONTIF TR P - XI COS III - Mars, en habit militaire, avec le manteau flottant derrière lui, de face, avançant lentement vers la droite, tenant une haste et un bouclier.

Atelier (année de frappe): Rome (208)

Références: RSC 447 (25£) - RIC 100 (C) - BMC S569-70 - Hill 982 (C) - BnF 6892-3 (la 6891 est un faux d'époque)

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.1g, 6h - Ex. Noël.

Note: les variations des graveurs dans l'attitude de Mars ont conduit Cohen à distinguer deux monnaies alors qu'il s'agit d'une seule (C446 et C447 avec pour cette dernière la mention "en posture de combat" ajoutée à la description de la première).

Commentaire:

Les représentations de Mars sur les deniers de Caracalla peuvent être pacifiques ou statiques. Ici, nous avons un dieu de la Guerre dynamique, son manteau flotte derrière lui renforçant cette impression de mouvement, son bouclier n'est pas posé au sol mais utilisé pour se défendre. Enfin, la haste est pointée vers l'avant, légèrement vers le haut, prête à être employée face à l'ennemi. On retrouve ici le type de Mars Ultor, le Vengeur, dont le temple se trouvait dans le forum d'Auguste.


Temple de Mars Ultor sur la maquette de Gismondi au musée de la Civilisation romaine (Rome)

La statue ci-dessous, longtemps identifiée à Pyrrhus, le roi d'Epire, est en fait une représentation de Mars debout portant la lorica (cuirasse). Trouvée au XVIème siècle près du forum de Nerva, elle serait datée de l'époque flavienne au Ier siècle et aurait été placée à l'extérieur du temple de Mars Ultor.


Statue de Mars (Musées Capitolins, Rome)

dimanche 25 septembre 2011

Le style de l'atelier d'Emèse - Denier de Septime Sévère avec Liberalitas

Un autre denier pour Emèse avec pour type de revers Liberalitas présentait une légende tronquée en LIBERA. La monnaie présentée ci-dessous à une légende de revers plus longue d'une lettre en LIBERAL. Il est en effet courant dans les ateliers orientaux actifs au début du règne de Septime Sévère de trouver des variantes dans les inscriptions. On remarquera également si on compare ces deux monnaies, une différence de traitement dans le style des portraits. Cette différence, bien plus grande qu'à Rome, permettrait sans aucun doute d'identifier clairement différents graveurs.


n° S103

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: IMP CAE L SEP SEV - PERT AVG COS II - Tête laurée à droite.

Revers: LIBE-R-A-L - AVG - La Libéralité debout à gauche, tenant une tessère de la main droite et une corne d'abondance de la gauche.

Atelier (année de frappe): Emèse (194)

Références: RSC 283a (30£) - RIC 400 (S) - BMC W373 note - BnF /

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.7g, 6h - Ex. byzancia.

Commentaire:

En plus de présenter des types monétaires bien à lui (très souvent orientaux mais pas seulement), l'atelier d'Emèse se différencie clairement à son style qui selon le BMC est "soigné, mais plutôt léger et simple". Contrairement au style de l'atelier romain plus stéréotypé, les monnaies syriennes sont plus expressives. Il est souvent difficile de distinguer un denier d'Emèse, d'un denier de Laodicée ("ancien style" de 193 à 196, le "nouveau" étant clairement identifiable) sans lire la titulature commençant en IMP pour Emèse et en L SEPT pour Laodicée. Cependant, on constate qu'Emèse est plus fin, détaillé alors que le style de Laodicée est plus grossier.

Portrait de l'atelier de Laodicée ("ancien style")
Portrait de l'atelier d'Emèse

samedi 27 août 2011

Un buste de transition pour Plautille et la possible naissance d'un héritier ?

En moins de cinq ans, pas moins de cinq types de coiffures peuvent être observés sur le monnayage impérial en argent de Plautille.
Ce denier présente un type de coiffure que je nommerai de type "c" comme dans le BMC et qui n'est utilisé que par un seul type monétaire, celui avec Pietas au revers.
Il fait la transition entre le type de coiffure "bvar" apparu un an plus tôt et le dernier type utilisé principalement en 204-205. Comme son prédécesseur les cheveux descendent en une natte recouvrant la nuque, mais la tresse est enroulée au lieu de remonter sur la tête. Cette configuration sera reprise sur le dernier de type de coiffure. L'oreille contrairement au dernier type est dégagée et les nombreuses rides plus ou moins horizontales ne présentent pas de crans.


n° P12

Dénomination: Denier

Impératrice: Plautille

Avers: PLAVTILLA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: PIETAS - AVGG - Pietas debout à droite tenant un sceptre de la main droite et un enfant sur le bras gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (203)

Références: RSC 16 (45£) - RIC 367 (S) - BMC 422-3 - Hill 607 (C)

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.28g, 12h. - Ex. Künker Auction 174 n°870

Note: ce type de coiffure est absent des collections de la BnF pour les deniers de Plautille.

Commentaire:

Je ne ferai pas ici l'étude du type Pietas et de ses différentes représentations qui feront l'objet d'un autre message. Par contre, il est intéressant de développer le possible lien entre cette monnaie et la naissance d'un enfant de Caracalla et Plautille. En effet, en analysant le texte très fragmenté du carmen saeculare (contrairement à celui d'Horace pour les Jeux de -17) ainsi que les Actes de 204 eux aussi lacunaires, J. Gagé émet l'hypothèse qu'il fait référence à la naissance d'un enfant issu du mariage de Caracalla et Plautille, peut-être à la fin de l'année 203. La décision de célébration des Jeux à ce moment a peut être été motivée par l'arrivée de cet héritier, car étant dans la période de célébration (les 110 ans étaient déjà écoulés), cette naissance a été vue comme un signe des temps au moment justement d'entamer un siècle nouveau. L'auteur rapproche ce postulat de la monnaie de Plautille émise en effet en 203 et portant au revers Pietas avec dans ses bras un enfant. Des monnaies semblables pour Domitia ainsi que durant la période antonine pour Matidie ou Faustine II font très certainement aussi référence à des naissances au sein de la famille impériale. Dans ce type de représentation de Pietas avec enfant, le sens est plus familial que religieux. Dans le cas de Faustine jeune, très féconde puisqu'elle aurait eu onze enfants, le nombre d'enfants auprès de Pietas augmente avec les années. En revanche, il n'y a aucune mention explicite dans les textes des auteurs antiques de l'existence de cet enfant, fruit de l'union réputée stérile de Caracalla et Plautille, mort certainement prématurément. Évidemment, cette communication sur la naissance a des visées politiques: il s'agit, par l'intermédiaire de cette image de la piété familiale et de la fécondité des femmes de la maison impériale, de montrer à tous la perpétuité de l'empire grâce à la descendance des souverains.

samedi 30 juillet 2011

Un buste de transition peu courant pour Géta (Rome, 209)

Ce portrait est caractéristique de l'année 209, où Géta est promu au rang d'Auguste et rejoint ainsi son père et son frère aîné au sommet de la hiérarchie impériale. Durant moins de trois ans, trois Augustes sont au pouvoir, ce qui est un fait sans précédent jusqu'à cette date. Sur notre monnaie, Géta est encore César, comme l'indique la titulature au droit et son portrait ne revêt pas encore la couronne de laurier. Cependant, il a abandonné sur les deniers le buste drapé (avec ou sans cuirasse) qu'il a utilisé depuis ses premières monnaies émises en 198. Ce type de buste (tête nue) est peu utilisé dans le monnayage sévérien, surtout pour un empereur vivant. En effet, ce type de portrait est généralement employé sur les monnaies de consécration où l'empereur apparait dans la nudité des dieux. Il est donc débarrassé des attributs des hommes tels que le paludamentum ou la couronne. En tout cas, ce type monétaire est un type de transition, car il existe aussi avec un buste drapé. Quelques mois plus tard, au passage à l'Augustat, Géta conservera l'absence de draperies sur ces deniers mais portera désormais la couronne laurée.


n° G13

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPTIMIVS GETA CAES - Tête nue à droite.

Revers: PONTIF COS - II - Géta galopant à gauche et terrassant un ennemi.

Atelier (année de frappe): Rome (209)

Références: RSC 123a (90£) - RIC 64b (R) - BMC S591A - Hill 1056 (R4) - BnF 7060.

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.5g, 7h.

Note: cette monnaie est peu courante, Cohen la cotait 15f or à la fin du XIXème siècle. Cela est confirmé par des ouvrages plus récents (R pour le RIC, 90£ pour le RSC et R4 pour Hill).

Commentaire:

Hill classe cette monnaie dans une deuxième émssion spéciale consacrée à la campagne de Bretagne. La thématique est éminemment guerrière, l'empereur est à cheval armé d'une lance et terrasse un ennemi un genou à terre et tentant de se protéger à l'aide de son bouclier. Cette iconographie sera largement utilisée aux IIIème et IVème siècles et peut faire penser aux images de St Georges terrassant le dragon. Elle prend sa source dans la chasse à cheval au gros gibier où une longue lance sert à mettre à mort l'animal tout en le maintenant à distance.


Chasse au sanglier de Calydon par Méléagre sur un sarcophage romain (Musée d'Ostie antique)

Sur ce sarcophage romain, se développe une scène de chasse que l'on rencontre fréquemment sur ce type de cuve funéraire: la chasse au sanglier de Calydon. Le héros Méléagre a sa vie liée à un tison fatidique que sa mère Althée enlève du feu afin d'éviter qu'il ne meure précocement. Adulte, il participe à la chasse du monstrueux sanglier de Calydon qu'il finit par tuer. Il offre alors la dépouille à Atalante une jeune fille dont il s'est épris et qui la première a blessé l'animal. Mais les oncles de Méléagre, furieux que le prix revienne à une femme, l'arrache des mains de la jeune fille. Méléagre tue les frères d'Althée, mais celle-ci faisant passer ses sentiments de soeur avant ceux de mère, finit par jeter au feu la bûche liée à la vie de son fils, le condamnant ainsi à mort.

dimanche 3 juillet 2011

Une monnaie au trophée de l'atelier d'Emèse datée de 195

Cette monnaie s'insère parmi les dernières émissions frappées à Emèse et est une des rares qui soit clairement datable (TRP III IMP V). Le trophée atteste la commémoration d'une victoire, mais cette dernière n'est pas ici précisément définie. Dans le même temps, l'atelier de Rome mentionne sur les types portant Victoria au revers PART ARAB PART ADIAB soit un succès militaire sur les Arabes et les Adiabènes, alliés des Parthes. Le type monétaire au trophée prend un peu le contrepied du revers avec la Victoire, car on ne met pas en avant le succès militaire, mais les défaites des ennemis qui se retrouvent enchaînés à un poteau chargé de leurs armes désormais inutiles.
On remarquera que la titulature se déployant sur les deux faces de la monnaie répète le deuxième consulat de l'Empereur, mais omet ses titres de Père de la Patrie et de grand Pontife. Sur les monnaies de l'atelier romain, la fin de la titulature de revers finit généralement bien en P P (Pater Patriae).


n° S58 

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: IMP CAE L SEP SEV PERT AVG COS II - Tête laurée à droite.

Revers: TR P III IMP V COS II - Deux captifs debout dos à dos au pied d'un trophée, leur jambe droite fléchie; celui de gauche tient sa tête dans sa main droite et l'autre a les mains liées dans le dos.

Atelier (année de frappe): Emèse (195)

Références: RSC 658 (30£) - RIC 435 (S) - BMC W410 - BnF 6522

Caractéristiques: Argent, 17mm, 3g, 6h.

Note: on notera l'attitude des deux prisonniers. Suivant les types, cette attitude peut changer.

Commentaire:

Durant l'année 195, Septime Sévère reçut pas moins de quatre acclamations impériales (de V à VIII), ce qui signifie que ses généraux ont remporté en Mésopotamie au moins quatre victoires. Les détails dans les textes antiques sont rares et fragmentaires. Voici ce qu'en dit Dion Cassius: "Sévère, ayant de nouveau divisé son armée en trois corps, et ayant donné le commandement de l'un à Laetus, celui d'un autre à Anulinus, enfin, celui du troisième à Probus, envoya ces généraux contre l'Adiabénie. Ceux-ci, ayant envahi cette contrée de trois côtés, la soumirent non sans peine ; quant à Sévère, il accorda des privilèges à Nisibis, dont il confia le gouvernement à un chevalier, et il se vanta d'avoir ajouté un vaste territoire à l'empire, et d'avoir fait de cette ville le boulevard de la Syrie. Mais les événements ont suffisamment montré que cette acquisition a été pour nous la cause de guerres continuelles, ainsi que de frais nombreux, car elle rapporte peu et dépense beaucoup, et nous, étant aux prises avec les Mèdes et les Parthes, nos voisins, nous combattons à chaque instant, pour ainsi dire, pour la défense de ce territoire".


Trophée sur les reliefs de la colonne trajane (Rome)



Prisonniers parthes sur un relief de l'arc de Septime Sévère sur le forum romain (Rome)

mardi 28 juin 2011

Des variations de bustes sur des antoniniens de Caracalla au revers avec Vénus

L'antoninien est créé par Caracalla en 215 et durant trois années jusqu'à sa mort en 217, cette nouvelle dénomination sera associée aux mêmes types de revers que sur les deniers et les espèces d'or et de bronze. La plupart des types d'antoniniens sont datés avec la suite de la titulature (en particulier la puissance tribunicienne) au revers. Le type le plus courant des antoniniens de Caracalla est par contre non daté et représente Vénus drapée tenant un sceptre et une petite statue de Victoire (Victoriola), un bouclier est également posée à côté d'elle. Le revers des antoniniens portent le portrait de l'empereur ceint de la couronne radiée, symbole solaire, et qui indique la valeur double de la pièce, l'unité étant le denier au portrait lauré. Ces bustes radiés sont, contrairement aux deniers, plus variés au niveau des attributs vestimentaires. 


n° C25



n° C78

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Buste radié, drapé à droite, vu de l'arrière (C25) ; Buste radié cuirassé à droite, vu de l'arrière (C78).

Revers: VENVS VICTRIX - Vénus drapée debout à gauche, tenant une Victoriola de la main droite et un sceptre de la gauche; son bras gauche reposant sur un bouclier posé au sol.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: C25: RSC 608c (65£) - RIC 311d (S) - BMC 80-1 - Hill 1525 (S) ; C78: RSC 608var. - RIC / - BMC / - Hill 1525var. - BnF 6956-7;6960.

Caractéristiques: C25: Argent, 24mm, 5.49g, 11h ; C78: Argent, 23mm, 4.72g, 12h - Ex. Gorny & Mosch Auktion 186 n°2158

Note: L'antoninien C78 n'est curieusement pas présent dans les ouvrages de référence avec ce buste cuirassé, alors que trois exemplaires sont conservés à la BnF. Cela prouve le peu de précision dans la description des bustes dans les répertoires et catalogues.

Commentaire:

En 206, le portrait de Caracalla sur les deniers évolue, il abandonne les bustes drapés ou drapés cuirassés qu'il utilise depuis ses premières monnaies lorsqu'il était enfant pour le buste nu ("tête" dans le vocabulaire numismatique) utilisé par son père jusqu'à présent et de manière quasiment unique. A partir de ce moment, cette tête laurée est aussi utilisé massivement sur les deniers de Caracalla. En revanche, sur les antoniniens les bustes radiés sont habillés en utilisant la cuirasse et/ou le paludamentum, le manteau pourpre du général en chef. Plusieurs combinaisons existent en fonction de l'élément de costume utilisé et l'angle de vue à savoir depuis l'avant ou l'arrière, on a donc les bustes radiés suivants:
- cuirassé, vu de l'arrière
- cuirassé, vu de l'avant
- drapé, vu de l'arrière
- drapé et cuirassé, vu de l'arrière
- drapé et cuirassé, vu de l'avant
Le buste drapé vu de l'avant rarement utilisé en denier (on connait quelques exemplaires de deniers pour Caracalla enfant par exemple), ne l'est pas du tout pour l'antoninien. La description des bustes et portraits n'est souvent pas très bien précise et rigoureuse dans les ouvrages de référence et il y a souvent des erreurs et des oublis. Par exemple: ni Hill, ni le RIC ne mentionnent le sens de visualisation, quant au RSC, plus précis, il omet le sens de visualisation pour le portrait cuirassé et signale des monnaies avec des bustes drapés de l'avant qui n'existent pas. Le BMC, également plus rigoureux sur ce point, n'est pas exempt d'erreurs.
On constate une grande disparité sur la distribution statistique des bustes. Ainsi par exemple, le buste cuirassé de l'avant est rarissime et ne se rencontre que sur le type de Sérapis émis en 217. Le buste drapé vu de l'arrière de l'exemplaire C25 est le plus courant soit près de 35% des antoniniens tous types confondus sur un comptage de plus de 600 échantillons. Le buste cuirassé vu de l'arrière (C78) est moins courant avec moins de 15% du total. On peut noter aussi que les bustes changent au cours du temps. Ainsi ce buste cuirassé de l'arrière est uniquement utilisé durant l'année 215 et pour Vénus. Il disparait ensuite au profit du buste drapé qui domine l'année 216 et qui est lui-même doublé en 217 par le buste drapé et cuirassé vu de l'arrière. L'utilisation massive du buste drapé et marginale du buste cuirassé semblent donc accréditer la date de 216 proposée par Hill pour ce type Venvs Victrix.

dimanche 19 juin 2011

Une monnaie exceptionnelle: les Jeux du Cirque sur un denier de Caracalla

Ce type monétaire, partagé entre Septime Sévère et ses deux fils, est unique dans le monnayage romain. C'est en effet une des monnaies romaines les plus spectaculaires et les plus convoitées par les collectionneurs. Le sujet est en effet inhabituel sur les monnaies: les jeux du Cirque. De plus, la foule de détails est rare sur des objets de moins de 20mm de diamètre que sont les deniers, mais plus courants sur les grands bronzes ou les médaillons. On y voit donc un navire entouré d'animaux et de quadriges. Cet étrange iconographie relate en fait un événement historique: des festivités grandioses organisées par Septime Sévère au Circus Maximus. Cependant les chercheurs ne sont pas tous d'accord sur la date des événements relatés: les festivités de 202 suite au triomphe parthique de l'empereur, du mariage de son fils aîné avec la fille du Préfet du Prétoire et ses décennales ou bien les Jeux Séculaires de 204. Dion Cassius place plutôt ces jeux en 202: "Il y eut aussi alors des spectacles de toute sorte, à l'occasion du retour de Sévère, de la dixième année de son règne et de ses victoires. Dans ces jeux, luttèrent entre eux, au commandement, soixante sangliers appartenant à Plautianus ; on y égorgea quantité d'autres bêtes, ainsi qu'un éléphant et un crocotas ; ce dernier animal vient de l'Inde, et ce fut alors la première fois, que je sache, qu'il fut amené à Rome ; sa couleur est un mélange de celle de la lionne et de celle du tigre, sa figure est un composé tout particulier de ces animaux, du chien et du renard. La cage entière, construite dans l'amphithéâtre en forme de vaisseau, de manière à recevoir quatre cents bêtes et à les lâcher tout d'un coup, s'étant subitement ouverte, il s'en élança des ours, des lionnes, des panthères, des lions, des autruches, des onagres, des bisons (espèce de boeuf barbare de nature et d'aspect), en sorte qu'on vit courir à la fois et égorger tous les sept cents animaux, tant sauvages et domestiques ; car leur nombre, en raison des sept jours que dura la fête, se monta à sept cents." Mais il est tout à fait possible qu'il ait fait un amalgame avec les Jeux de 204. Toujours est-il que le type monétaire "colle" de façon saisissante avec le déroulement des Jeux et le récit qu'en fait Dion Cassius : sept espèces animales s'échappent du navire dans le texte et on les retrouve bien sur la monnaie: une autruche, un lion, un onagre sur la gauche, le buffle chargeant à droite avec certainement une panthère juste au-dessus. Lionne et ours sont plus difficilement discernables sous la structure navale. Hill classe cette monnaie dans une émission spéciale de 206 célébrant les quindecennalia de Sévère et les decennalia de Caracalla à venir l'année suivante.


n° C83

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: LAETITIA // TEMPORVM - Galère voguant à gauche, entourée de quatre quadriges de course de part et d’autre et d’animaux sauvages à l’exergue qui défilent.

Atelier (année de frappe): Rome (206)

Références:  RSC 118 (225£) - RIC 157 (R3) - BMC S508 - Hill 793 (R4) - BnF 6733

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.3g, 7h - Ex. Coll. F. Weber.

Note: Cette monnaie est classée rarissime par tous les ouvrages, mais on trouve malgré tout des exemplaires dans les grandes collections institutionnelles ou lors de récentes grandes ventes. On peut mentionner cependant que ce denier semble plus rare que celui de son père, mais plus courant que celui de son frère cadet.

Commentaire:

La scène se déroule bien au Cirque maxime, les chars sur le haut du revers sont là pour le rappeler. Mais surtout, on distingue parfaitement bien les aménagements au centre de la piste (spina). En effet, l'obélisque central de Ramsès II sert de mât au bâteau, et à la proue et la poupe, on voit bien les metae, bornes coniques autour desquelles viraient les attelages. Entre les deux, diverses installations sont présentes, mieux visibles sur les aurei: édicules ou petits sanctuaires.


Revers d'un aureus de Caracalla (Numismatica Ars Classica)



Obélisque de Ramsès II  en provenance d'Héliopolis et qui se trouvait à partir de 10 av. J.-C. au centre de la spina du Circus Maximus. Il est installé depuis 1589 sur la piazza del Popolo à Rome.

Le Circus Maximus est installé dans la vallée murcienne entre le Palatin et l'Aventin depuis le roi étrusque Tarquin l'Ancien au VIème siècle av. J.-C. D'abord en bois, les gradins (cavea) ont ensuite été construits en maçonnerie et pouvaient contenir 150000 spectateurs, ce qui en fait le lieu de spectacle le plus vaste de tous les temps, sa capacité ayant été portée à 350000 au IVème siècle ap. J.-C. Ses dimensions étaient colossales: 600m de long et 100m de large et il n'en reste de nos jours que de rares vestiges, mais surtout son empreinte. Notons enfin que Caracalla a de nouveau émis en 213 des aurei et sesterces avec une vue détaillée du Cirque afin de célébrer un récente restauration de l'édifice.


Le Cirque Maxime aujourd'hui à Rome



Revers d'un sesterce de Caracalla émis en 213 avec une représentation du Circus Maximus (Numismatica Ars Classica)

Sur une plaque en terre cuite servant de décoration et provenant de la collection Campana au Louvre, on peut observer une course de chars. On voit très bien sur la droite les trois metae où les attelages devaient effectuer leurs virages.


Course de quadriges sur une plaque en terre cuite (Musée du Louvre, Paris)

La présentation d'un autre denier de ce type sera l'occasion de présenter un peu plus en détail les spectacles se déroulant dans ce bâtiment hors normes.

lundi 13 juin 2011

Jupiter brandit le foudre sur un denier de Septime Sévère (Rome, 208)

La seizième puissance tribunicienne inscrite au revers de ce denier le date de l'année 208 au moment du lancement de la campagne britannique. Les raisons de cette nouvelle guerre sont assez floues, certains auteurs comme Hérodien parlant de troubles: "Pendant que Sévère voyait avec indignation la conduite de ses fils et leurs goûts pour de frivoles plaisirs, il reçut une dépêche du gouvernement de la Bretagne, qui lui annonçait que les Barbares s'étaient soulevés, et que dans leurs incursions ils pillaient et dévastaient tout le pays. Le gouverneur demandait un secours de troupes ou même la présence de l'empereur." Cependant, Dion Cassius ne mentionne pas ces troubles du fait des Méates et des Calédoniens, deux peuples bretons vivant au-delà du mur d'Hadrien. Pour l'historien A. R. Birley la mention de cettre lettre n'est qu'un effet réthorique d'Hérodien. Toujours est-il qu'en 208, Septime Sévère et ses deux fils quittent Rome pour la province septentrionale de Bretagne.


n° S22

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P - X-VI COS III P P - Jupiter nu, marchant à gauche et regardant en arrière, tenant un foudre de la main droite et un sceptre de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (208)

Références: RSC 501 (25£) - RIC 216 (C) - BMC 559 - Hill 988 (C) - BnF 6471-2

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.7g, 1h.

Commentaire:

Jupiter, dieu des dieux, brandit son foudre à la manière d'un javelot. Il est ici propugnator, c'est-à-dire le protecteur, le défenseur voire le champion et cette attitude indique clairement le début de la guerre contre les tribus bretonnes. Son sceptre est symbole de majesté, un attribut de nombreuses divinités. Il sera protecteur des empereurs pendant les combats et leur apportera la victoire.


Statue de Jupiter (Musée Pio Clementino, Vatican)

Cette monnaie fait suite à un très rare denier émis l'année précédente où Jupiter dans la même attitude est qualifié de vainqueur IOVI VIC (Iovi Victori). Cette monnaie très intéressante quant à son iconographie nous montre le premier des dieux sur un char, à la manière de l'empereur, mais combattant des géants anguipèdes, c'est-à-dire dont le corps se termine en queue de serpent. Un spectaculaire médaillon d'argent conservé à la Bibliothèque nationale de France et daté aussi de 207 reprend ce thème sur une surface plus grande. Cette gigantomachie n'apparait plus sur les émissions de 208 où Jupiter est désormais seul menaçant les ennemis de Rome de son foudre.


Denier de Septime Sévère représentant une Gigantomachie (Lanz, Auktion 112)




Médaillon de la BnF reproduit dans la deuxième édition du catalogue de H. Cohen.

Ces représentations de dieux combattant des monstres anguipèdes ont été abondamment illustrés en particulier par des sculpteurs gallo-romains. Ces groupes sculpturaux étaient placés sur des colonnes et les savants ont rapproché cette divinité à cheval du panthéon gaulois et ce monstre reptilien à Jupiter combattant les Géants.


Cavalier à l'anguipède de la colonne de Merten (Musées de la Cour d'or, Metz)

dimanche 22 mai 2011

Une Diane aux épaules ornées d'un croissant sur un denier de Laodicée

Diane, l'Artemis des Grecs, fille de Jupiter et de Latone, soeur d'Apollon est une divinité lunaire comme son frère est solaire. Le croissant de Lune que l'on trouve sur ses épaules, rappelle qu'elle est parfois assimilée à Luna, celle qui éclaire la nuit. Le flambeau qu'elle tient tranversalement dans ses mains est là pour le rappeler. De même, son épithète est explicite: lvcifera, la porteuse de lumière. Cette monnaie dont le prototype romain date de 196 a été frappé à Laodicée, certainement entre 196 et 202, et est caractéristique du "nouveau style" de l'atelier syrien. 


n° J9 

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: DIANA - LV-CIFERA - Diane, un croissant sur ses épaules, debout à gauche, tenant une longue torche des deux mains.

Atelier (année de frappe): Laodicée (196)

Références: RSC 27 (25£) - RIC S638 (S) - BMC S598-9var. - BnF 6584

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.04g, 12h - Ex. CGB.

Note: L'exemplaire illustré dans le catalogue du British Museum ne présente pas le croissant sur les épaules de Julia. Ce type existe aussi à Rome.

Commentaire:

Ce type monétaire est fréquent chez les impératrices. On le retrouve pour Julia Domna vers le début du règne de son époux Septime Sévère et vers la fin de celui de son fils Caracalla. Le temple de Diane à Rome se situait sur l'Aventin  derrière les thermes de Dèce. Il était fréquenté par la plèbe et les esclaves. Ces derniers étaient protégés par la déesse chasseresse. Le culte de Diane/Lune est symptomatique du syncrétisme des cultes traditionnels avec les nouveaux cultes orientaux (Isis, Sol, Cybèle, etc.).
L'autel ci-dessous provenant de l'ancienne collection Borghèse date du IIème siècle ap. J.-C. On y voit un buste de Séléné, la Lune, posé sur le croissant, à l'image des bustes ornant les futurs antoniniens. Julia Domna sera la première à figurer sur cette nouvelle dénomination dont rapidement le portrait au croissant sera l'équivalent féminin du buste radié de l'empereur.


Autel de Séléné (Galerie Daru, Musée du Louvre - Paris)

lundi 16 mai 2011

La Félicité des Temps sur un denier de Géta (Rome, 198)

Peu avant l'annonce de la promotion de son frère aîné à l'Augustat en 198, Géta est nommé César et des monnaies présentent alors le jeune garçon serrant la main de la Félicité. La monnaie ci-dessous est légèrement postérieure et date de la première émission du règne conjoint de Septime Sévère et Antonin (Caracalla). On retrouve Felicitas sur les monnaies du jeune César, seule cette fois-ci alors que son frère hérite du revers avec Fides. Le jeune garçon de 9 ans symbolise la continuité du pouvoir et de la dynastie tout juste mise en place. Cette période de temps qui s'ouvre avec cette nouvelle famille de dirigeants est censée apporter le bonheur.


n° G2 

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: L SEPTIMIVS GETA CAES - Buste, tête nue, drapé et cuirassé.

Revers: FELICIT-AS T-EMPOR - La Félicité debout à gauche, tenant un caducée de la main droite et une corne d'abondance de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (198)

Références: RSC 44a (30£) - RIC 2 var. (C) - BMC  S144-5 var. - Hill 337 var. (C) - BnF 7019 var.

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.5g, 6h.

Note: Ce buste, en plus d'être drapé, est cuirassé. En effet, on voit de fines ptéryges sur l'épaule de Géta. Cette variante de buste est bien plus rare que le portrait drapé seul, elle est seulement référencée dans le RSC mentionnant la collection G. R. Arnold.

Commentaire:

Felicitas est la personnification du bonheur, du bien-être. Elle apparait sous Galba et son attribut principal est le caducée, symbole de paix et qui en fait donc très souvent une personnification de la paix elle-même, indispensable au bonheur du peuple.Les empereurs considéraient qu'il était de leur devoir de promouvoir le bonheur public. Il en découle une iconographie très abondante dans le monnayage romain. F. Schmidt-Dick dans son atlas des types monétaires romains d'Auguste à Emilien recense par exemple 47 types et variantes de Felicitas uniquement debout auquel s'ajoutent 4 types où elle apparaît assise. Géta reprendra Felicitas debout avec corne d'abondance et caducée à plusieurs reprises, en particulier en 204 avec la légende FELICITAS AVGG.